Jeudi 3 août 2006
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Aujourd'hui, troisième partie de l'enquête sur l'univers Mc Donald's concernant les clients du Temple du Gras. Toute ressemblance avec des personnages existants est nullement fortuite.
Incursion sous les arches dorées du grand K.(étude cathartique d’une équipière polyvalente chez Mc Donald’s): PARTIE 3.
5)Les passants de l’arche :
Elément indispensable au jeu, puisqu’il est source de sa construction et de son succès : le client, gagnant ou perdant dans ce jeu étrange ?
a)le beauf, vainqueur toutes catégories
Dire que le beauf passe régulièrement sous l’arche est un euphémisme. Il s’y repaît assez régulièrement pour la considérer comme sa deuxième maison, entouré de nombre de ses semblables.
Reconnaissable aisément par un ventre proéminent voire une obésité assez avancée, il vient souvent en famille. Il ne se contente pas d’un unique menu, mais agrémente celui ci, (déjà de taille « maxi ») de moult autres produits, souvent en triple voire quadruple. Il connaît les subtilités de chaque produits, et ne se laisse pas rebuter par ses allergies et ses interdictions, quitte a consommer un « Royal cheese sans fromage » ou un « croque sans jambon ». En famille, chaque membre commande tour à tour, et le choix entre le « yoco » ou la « pom’pot » dans le « Happy Meal » relève parfois du dilemme cornélien. Le marmot qui n’arrive pas à choisir s’expose au claques rageuses du géniteur pressé. Sa commande n’est jamais terminée et craignant l’hypoglycémie, il rajoute souvent un dernier petit hamburger juste avant de payer. Paie souvent en tickets resto de 4,88 euros ou en chèque vacances pliés en 15. A l’affut des moindres gestes de l’équipier caissier, il relève les moindres oublis et s’estime en droit de quémander 22 sachets de ketchup. Friand de tout ce qui ne se paie pas : verres d’eau, sauces, et gains en tous genres, malgré leur laideur avérée ou leur atemporalité (un hamburger gratuit à 16h, peu importe, il est gratuit). Profondément outré quand son produit préféré est en rupture, la panne de la machine à glace est pour lui équivalente à la chute du ciel pour les gaulois[1]. Coté vestimentaire, le beauf ultime se distingue par son t-shirt Royal CaninÒ (ou tout autre t-shirt gratuit ou gagné lors du passage du Tour de FranceÒ), son short-caleçon, et ses tongs en mousse. Côté féminin, la mode est plus suivie, et tend au vulgaire surtout chez les plus jeunes. Plus âgée, deux excès sont courant : hyper masculinité (barbe et cheveux gras, voix rauque et t-shirt large), ou hyper féminité (maquillage à la truelle, sourcils évanescents, chair qui sort de toutes les ouvertures des maigres vêtements).
Conclusion : Par son attention toute entière portée sur les éventuels oublis de l’équipier caissier et par sa parfaite connaissance des subtilités de produits et des passe-droits, le beauf sort vainqueur de l’arche. C’est donc pour cela qu’il reviendra le lendemain. Seule sa santé et, collectivement, l’aggravation de l’obésité publique nuancent cette victoire sans ombre.
- Le beauf en germe et le beauf fashion
Jeune, il ne peut être classé dans la catégorie précédente. Il a pourtant tous les signes avant-coureurs d’une future beaufitude. Se déplace et mange en groupe conséquent ou tout seul (il est alors client fidèle du McDrive qui lui permet d’assumer sa solitude). Il aime goûter aux derniers produits sortis, même si il ne sait pas exactement la teneur de la nouveauté : il sait que c’est nouveau, c’est tout ce qui importe. De même que le beauf de base, il connaît toutes les spécificités de l’offre et considère sa demande comme évidente, et trouve cela fastidieux de la formuler (« un menu maxi avec potatoes et SpriteÒ » « avec quel sandwich ?» « ben un Big Mac !», ou encore « un menu maxi Deluxe avec 5 croques et 4 cheesburgers » « avec frites et coca le menu ? » « ben non, avec potatoes et FantaÒ!»). Jeune, le vouvoiement est à ses yeux ringard, c’est pourquoi il tutoie l’équipier caissier (« tu peux me mettre un Fish steuplait »), et pour certains futurs beauf très prometteurs, écume blagues (« un coca sans bulles steuplait, ouarf ouarf ouarf ») et drague non allégée (« oh mais le numéro de téléphone il est effacé sur le ticket ! »)[2]. Le beauf fashion est fan de techno et recherche tout particulièrement les calories du Mc do (et l’haleine oignon cru) avant de se dépenser sur le dance floor. Fidèle client des tatoueurs et perceurs de la région, son visage ressemble parfois à un champ de bataille criblé d’obus. Côté féminin, le maquillage, comme la beauf de base, est chargé, et les sourcils évanescents. Elle fait néanmoins attention à sa ligne et consomme du coca light. En couple, le jeune homme est fier de sortir sa copine au restaurant et de lui payer son menu avec sa carte Mosaïc, tellement fier de montrer à ses congénères beaufs qu’elle est à lui qu’il s’empresse de la peloter sous le nez de l’équipier caissier, tout en commandant son « menu maxi mc nuggets ».
Conclusion : Par son goût pour la nouveauté et son appétit grandissant, le beauf fashion et le beauf en germe sont d’ores et déjà vainqueurs, et futurs vainqueurs sans conteste une fois la maturité de beauf de base atteinte (et une fois la carte bleue Mosaïc troquée contre les tickets resto à 4,88 euros du CE).
Face à l’écrasante majorité de beaufs, les autres passants de l’arche sont peu nombreux mais néanmoins facilement identifiables. Mais leur position face aux notions de Gagner ou de Perdre est moins aisément définissable.
b)le pressé et le light addict
Homme d’affaire ou employé de bureau, il vient se nourrir ici avant son rendez-vous ou avant de boucler un dossier. Mince voire svelte il tranche évidemment avec la majorité de beaufs qui se repaissent. Adepte de la salade et de l’expresso, il paie en American Express et marque son agacement quand il apprend que le poulet de sa salade est en train de cuire et qu’il devra attendre une minute de plus. Conscient du coût excessif de l’offre par rapport à sa qualité, il n’hésite pas à renvoyer un produit pas assez rempli à son goût, en accolant une expression bien intentionnée et parfaite illustration de la prétérition : « je voudrais pas paraître chiant mais… ».
Catégorie bien étrange dans ce temple du gras. Ses motivations apparaissent pour le moins obscures. La seule explication valable serait qu’il est habité par des pulsions hypoglucidiques en période de régime et qu’il les comble avec un menu Big mac, certes, mais avec un coca light et un sundae nature.
Conclusion : Le pressé est vainqueur de manière aléatoire. Sa ponctualité à son rendez-vous dépend du nombre d’enfants dans la famille beauf qui le précède dans la file d’attente, et du temps de cuisson du poulet. Son caractère pointilleux et sa conscience des lois de l’escroquerie chez Ronald le placent tout de même en bonne place, juste derrière le beauf fashion. Le light addict apparaît lui beaucoup moins bien placé : ses pulsions hypoglucidiques comblées par le gras du Big Mac lui sont fatales, il grossit, déprime et claque tout son argent dans les régimes et les consultations de nutritionnistes. Pire, l’aspartame des produits light le condamnent au cancer dans quelques années, à moins que sa dépression ne le pousse au suicide avant. Il ressort indéniablement perdant de l’arche.
c)le gaulois moyen
A différencier du beauf, le gaulois moyen n’appartient pas à la Gaule du sous-sol, mais plutôt au rez-de-chaussée, voire au premier étage, en somme, il est « au milieu »(en dehors de toute considération politique). Il se nourrit ici occasionnellement, mais apprécie cette chair simple et sans prétention. Ignorant les subtilités des produits, il met du temps à choisir sa pitance, et s’arrête au plus simple. Ses penchants altruistes le poussent à la cordialité excessive avec l’équipier caissier, allant parfois jusqu’à lui souhaiter du courage.
Conclusion : S’excusant presque d’être ici, il est clairement perdant de l’arche. Ignorant passe-droits et subtilités et non conscient de l’escroquerie organisée par Ronald, il en est la victime (tant sur le plan économique que médical).
d)le touriste étranger
La chair du McDo est universelle, et cela est bien pratique pour l’étranger en vacances. Il ne risque pas le dépaysement et peut même espérer l’indulgence de l’équipier caissier pour prendre tout son temps et réclamer ce qu’il croyait avoir commandé mais que l’équipier n’avait pas enregistré. Les plus habités par la fougue touristique iront jusqu’à demander à l’équipier (dans ce cas précis, tout à fait polyvalent) quelle est la sortie conseillée pour rejoindre l’autoroute ou quelle route il faut prendre pour aller au village médiéval ou au parc zoologique .
Conclusion :Retrouvant le Temple du Gras où qu’il aille, le touriste étranger évite le pire (le dépaysement), il peut donc être considéré comme vainqueur, dans la conception (certes absurde mais bel et bien en vigueur) d’un tourisme qui fuit le dépaysement.
[1] Voir Astérix et Obélix, le sandwich au sanglier, Uderzo
[2] Toutes ces citations sont véridiques. J’en suis reconnaissante à leurs auteurs, qui font grandement avancer la recherche sociologique.
...à suivre!
Bon j'ai l'intention de te suivre, j'aime bien ton style, alors voilà tu va te bouffer quelque uns de mes commentaires. a++
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