Le Comptoir

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Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /Fév /2007 15:38
 
Il est des domaines obscurs et abscons qui viennent à point légitimer les solutions d’urgence à des situations critiques et les soifs de reconnaissance. Le droit est de ceux-ci. La récente constitutionnalisation de l’abolition de la peine de mort ou le vote du droit au logement opposable en sont un témoignage. Juridiquement profondément inutile, quel autre fin poursuivait l’inscription de l’abolition de la peine capitale dans la constitution que la solennisation d’une fin de mandat peu reluisante. Le droit comme sauveur de face, comme outil de marquage historique. Et comme preuve supplémentaire que l’image d’une France Pays des droits de l’Homme n’est bien qu’une coquille vide (cf Le Poulet, le Jeune et le Héron). Mais aussi comme outil de comparaison peu favorable au Roi actuel. Celui ci ne faisant par là que poursuivre bien médiocrement l’œuvre impulsée par son prédécesseur. Peu importe, le prestige du domaine suffit. L’abolition est entrée dans le domaine du sacré. Le fait que son ancrage dans la constitution n’apporte strictement rien de nouveau est dérisoire face au poids du sacré (et donc d’un peu obscur) que permet le droit. Celui ci vient aussi miraculeusement au secours des situations de crise. « L’état d’urgence » face aux agitations de certaines zones géographiques (cf Le Poulet, le Jeune et le Héron), « le droit au logement opposable » face à une visibilité soudaine des « sans-domiciles ». De belles formules. Au service d’un droit comme pansement, qui cache la plaie, un temps, la protégeant des infections et d’une aggravation, mais qui ne la cicatrise pas aussi bien qu’un contact à l’air libre, qu’une prise avec le réel, et non avec les méandres du droit. Car qu’apporte le droit au logement opposable à la crise du logement ? La possibilité de se retourner contre l’Etat, certes, mais le sans logis ne risque t’il pas de se retourner contre un mur, si l’Etat n’engage pas un effort de construction de murs, justement ? Mais là encore, la solution à la crise est prestigieuse. Couteuse et absurde. Mais prestigieuse. Le Pays des Droits de l’Homme a inventé un nouveau droit. De quoi parfaire et solidifier la coquille vide. (« je m’appelle yoc yoc, je vis dans une coque, dans une coquille de noix »…)
Mulot, février 07
Par Mulot - Publié dans : sociologiedecomptoir
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